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Accompagné d’une dizaine de paroissiens, le Père Eric a assuré la prédication lors du culte de la paroisse Lyon Rive gauche de l’église protestante unie de Lyon, à l’invitation du pasteur Pierre Blanzat qui était venu l’année dernière à Saint François de Sales.

Homélie au grand temple, quai Augagneur

Dimanche 27 janvier 2019

Timothy Radcliffe, dominicain anglais contemporain, racontait cette histoire d’une maman, un dimanche, s’efforçant de tirer son fils du lit en lui disant qu’il était temps d’aller à l’église. Pas de réaction. Dix minutes plus tard, elle revient à l’assaut : « Lève-toi immédiatement et va à l’église. – Laisse-moi, s’il te plaît. C’est tellement assommant. Pourquoi devrais-je m’imposer cette corvée ? – Pour deux raisons, mon fils. La première, c’est que tu sais qu’il faut aller à l’église le dimanche ; la seconde, c’est que tu es l’évêque du diocèse » ! (in Pourquoi aller à l’église ? p. 9).

On peut dire qu’avec les lectures de ce dimanche, tant du livre de Néhémie que de l’Evangile de Luc, le climat général est plutôt à la ferveur et à l’attention devant la Parole du Seigneur qui est proclamée : démonstrations de joie et d’émotion à la lecture de la Loi, dans le Livre de Néhémie ; effet de surprise devant ce que dit Jésus, mais qui débouchera finalement sur un rejet, dans l’Evangile de Luc.

Nous aussi, nous sommes rassemblés et convoqués par la Parole du Seigneur ce matin. Je suis heureux d’être avec vous ce dimanche, jour de la Résurrection : premier jour de la semaine pour les chrétiens, disciples du Ressuscité.

Je remercie Pierre, votre pasteur, pour son invitation. Il y a un an, je l’avais invité dans l’une des églises de la paroisse dont je suis le curé, l’église St François. A travers cet « échange de chaire », nous vivons des moments de partage spirituel et fraternel qui peuvent beaucoup faire pour nous rapprocher les uns des autres. Cette marche résolue vers l’unité est un signe de l’action de l’Esprit Saint, bénissons-le et supplions-le !

La liturgie de la Parole de ce dimanche est particulièrement riche de sens. Nous voyons que la Parole vient à nous : pour nous bénir, pour nous façonner selon le Cœur de Dieu, pour mettre aussi à jour nos résistances et nous convertir. C’est une Parole de grâce, une Parole de vie, une Parole qui nous porte et nous éduque, à laquelle il faudra toujours revenir.

Le livre de Néhémie nous transporte à Jérusalem, vers 450 av. J.C. L’Exil à Babylone est fini, le Temple de Jérusalem est enfin reconstruit, la vie a repris. Mais il y a les séquelles et les cicatrices de l’Exil lui-même, et aussi celles d’un retour qui n’a pas été si facile et idyllique qu’espéré… Une liturgie de grande ampleur se tient alors : depuis le lever du jour jusqu’à midi ! Tous, hommes, femmes et enfants écoutent la lecture de la Loi… en hébreu, langue que beaucoup sans doute ne comprennent plus ! Alors le lecteur s’interrompt régulièrement pour laisser la place au traducteur, qui traduit en araméen, la langue de tout le monde à l’époque à Jérusalem. Le peuple n’a pas l’air de trouver le temps long ! Au contraire, tous pleurent d’émotion et chantent, se jettent à terre pour adorer, acclament le Seigneur en levant les mains : « Amen ! Amen ! »

Esdras, le prêtre, et Néhémie, le gouverneur, vont redonner une âme à leur peuple – au peuple de Dieu – par la proclamation de la Parole de Dieu. On sait comment ils ont uni leurs efforts pour la reconstruction du Temple, ayant obtenu du roi de Perse, Artaxerxès, la mission de reconstruire les murailles de la ville et les pleins pouvoirs pour reprendre en main le peuple.

Dans l’histoire d’Israël, l’unité et la vitalité du peuple se sont toujours faites au nom de l’Alliance avec Dieu, comprise comme  se nouant dans la Terre de la promesse, dans la Ville Sainte de Jérusalem, dans le Temple et dans la Parole de Dieu. Cette Parole va donc être proclamée au cours d’une gigantesque célébration en plein air : on se rassemble autour de la Parole de Dieu ! Et cette Parole est tellement consolante et source de joie qu’elle devra s’achever en festin, en banquet partagé !

Cette Parole de Dieu, nous la voyons s’accomplir pour nous – avec toutes les promesses de vie qu’elle contenait en germes, en prémices – « à la plénitude des temps ».

En Jésus, dès son incarnation, dans l’œuvre de la rédemption pour laquelle il est venu – c’est « son Heure », nous a dit l’évangéliste Jean –, la grâce et la miséricorde de Dieu notre Père vont comme fondre sur l’humanité. Cet Evangile de la grâce de Dieu – si cher à l’apôtre Paul – et qui est toute notre espérance, vient tout renouveler.

L’Evangile de Luc s’ouvre par un majestueux Prologue – une seule phrase ! Au centre de ce que l’évangéliste s’apprête à écrire, il y a le récit « des événements qui se sont accomplis parmi nous ».

Ces événements, que nous savons être événements de salut – les actes et les enseignements de Jésus –, ont eu des « témoins oculaires ». En les transmettant fidèlement, ces « témoins oculaires » sont devenus « serviteurs de la Parole » : un titre de gloire ! Etre serviteur de la Parole, ce sera donc accueillir dans la foi ce que Dieu notre Père, en Jésus, a fait et dit : Jésus est lui-même la Parole-événement qui renouvelle toutes choses et qui donne à son Eglise d’être le lieu où cette Parole va poursuivre sa course.

Le témoignage apostolique, qui remplit le Livre des Actes de Apôtres, nous montre combien cette Parole est vivante et vivifiante, puisque par elle l’Esprit Saint vient toucher le cœur de ses auditeurs : « la foi provient de ce qu’on entend », nous a dit Paul !

Luc a donc le souci et la rigueur des bons historiens, mais plus encore le souci de ne rien perdre du don que Dieu nous a fait dans la vie, la mort et la résurrection du Christ : puissions-nous accueillir cette annonce et nous laisser toujours bousculer et déplacer intérieurement !

Cette Parole est toujours plus grande que tout ce que nous pouvons en dire. Elle est solide, nous pouvons nous fier à elle, lui remettre la barre de nos vies, de nos morts : quelle grâce ! Accueillons-la comme Marie, qui « gardait tous ces événements dans son cœur », nous a dit le même Luc.

Cette Parole, nous la voyons à l’œuvre dans le retour de Jésus en Galilée, « à Nazareth où il avait été élevé ».

Nous sommes après le baptême de Jésus – où l’Esprit Saint « descendit sur Jésus » (Lc 3, 22). Jésus, « rempli de l’Esprit Saint » (Lc 4, 1) a quitté les bords du Jourdain et a été « conduit par l’Esprit à travers le désert » (Lc 4, 1) pour y être mis à l’épreuve pendant 40 jours. Alors, « Jésus, avec la puissance de l’Esprit, revint en Galilée, sa renommée se répandit dans toute la région. Il enseignait dans les synagogues, et tout le monde faisait son éloge » (Lc 4, 14-15).

L’insistance sur le lien de Jésus avec l’Esprit Saint est assez impressionnante. Jésus est habité par l’Esprit Saint, conduit par lui, docile et obéissant : il est vraiment le Serviteur du Seigneur !

De même qu’il obéit à l’Esprit Saint en se rendant au désert, de même devra-t-il annoncer, poussé par le même Esprit Saint, qu’en lui s’accomplit la prophétie messianique d’Isaïe. Et nous verrons dimanche prochain que ses paroles furent reçues par ses auditeurs non dans les larmes et l’allégresse, mais avec irritation…

En bon Juif, donc, le samedi matin venu, Jésus se rend à l’office à la synagogue. Le culte nous est décrit en partie : après la lecture de la Loi de Moïse, Jésus lit la deuxième lecture, tirée des prophètes, et c’est la prophétie bien connue d’Is 61 qui annonce la mission de celui qui a été consacré par l’onction, rempli de l’Esprit du Seigneur… Après le grand silence fervent qui suit la lecture, Jésus va inviter ses auditeurs à entrer dans le temps de grâce qui fait irruption devant eux : « Cette parole que vous venez d’entendre, c’est aujourd’hui qu’elle s’accomplit ».

Celui qu’on connaissait comme « le fils de Joseph » (cf. Lc 4, 22) surgit donc dans une lumière nouvelle, éblouissante, qui vient chercher la foi de ses auditeurs, par delà les liens de la chair et du sang… Et nous aussi, avec les auditeurs de Jésus à la synagogue, nous sommes invités à accueillir toujours de nouveau le cadeau qui nous a été fait, qui nous est fait… « aujourd’hui » ! Avec l’aide de l’Esprit Saint !

Chers frères et sœurs, par la foi et le baptême, « nous avons été désaltérés par l’unique Esprit » POUR « former un seul corps ».  « Vous êtes corps du Christ », nous a dit l’apôtre Paul : ensemble son corps, chacun les membres de ce corps. Nous sommes donc liés les uns aux autres vitalement. Et dans cette communauté vivante qui s’appelle l’Eglise, chacun est invité à prendre sa place. Pas seulement pour rendre des services – toujours précieux – mais pour prendre notre place, un peu comme on prend sa place dans la fratrie familiale…

Je suis, pour ma part, très sensible à cette dimension fraternelle – et à sa concrétisation communautaire – de la vie chrétienne. Il y a deux ans, j’ai écrit une lettre à mes paroissiens que j’ai appelé « l’Evangile de la rencontre et de la fraternité ».

Je les invitais à vivre en frères, c’est-à-dire à se regarder comme des frères et sœurs « dans le Christ », au-delà des sympathies ou antipathies, de tout esprit mondain ; en acceptant de se rencontrer, de se connaître, d’aller les uns vers les autres, résolument, humblement ; en prenant soin les uns des autres, dans la bienveillance et la confiance.

J’évoquais la belle figure de Jean Vanier, le fondateur de l’Arche, qui a décrit la communauté comme « lieu du pardon et de la fête » dans un livre que je crois inégalé à ce sujet. Je le cite : « Une communauté n’est une communauté que quand la majorité des membres est en train de faire le passage de « la communauté pour moi » à « moi pour la communauté », c’est-à-dire que le cœur de chacun est en train de s’ouvrir à chaque membre, sans exclure personne. C’est le passage de l’égoïsme à l’amour, de la mort à la résurrection : c’est la pâque, le passage du Seigneur, mais aussi le passage d’une terre d’esclavage à une terre promise, celle de la libération intérieure. La communauté est un lieu où chacun, ou plutôt la majorité – il faut être réaliste ! – est en train d’émerger des ténèbres de l’égocentrisme à la lumière de l’amour véritable. L’amour n’est ni sentimental ni une émotion transitoire. C’est une attention à l’autre qui devient peu à peu engagement, reconnaissance d’une alliance, d’une appartenance mutuelle ».

Les lectures de ce dimanche nous invitent donc à accueillir avec reconnaissance, avec gratitude, le cadeau qu’est la Parole du Seigneur. A voir aussi comment la Parole de Dieu est au service de l’édification de sa communauté, de son peuple !

  • Cette Parole relance dans l’espérance un peuple qui la célèbre. Elle est banquet de fête ! Célébrons-la, partageons-la, aidons-nous les uns les autres.
  • Cette Parole s’est accomplie et s’accomplit toujours – car elle est vivante : qu’elle descende dans notre cœur et, dépassant toutes nos résistances, fasse son œuvre en chacun de nous ! Accueillons cet « aujourd’hui » qui fit vibrer les murs de la synagogue de Nazareth !
  • Cette Parole a le pouvoir d’unir ceux qui la reçoivent, elle nous réunit dans le corps du Christ : qu’elle nous déplace, nous secoue, et nous conduise à « rechercher avec ardeur les dons les plus grands », à accueillir la voie supérieure à toutes les autres : la charité !

AMEN !

 

 

 

 

 

 

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